Autoritaire moi? Non!

Tout à l’heure j’étais au parc avec mon LicoBaby, on avait pas pu y aller depuis un moment, tu sais, le froid, la pluie, les miasmes, donc il était aux anges. Il y avait de la boue partout, il marchait avec bonheur dans la boue, s’en mettait de partout, les chaussures en étaient pleines, le pantalon aussi, à force de monter et descendre du toboggan et de patauger dedans, son duffle-coat en était plein également, les mains, etc … Bref de la boue partout quoi. Le pur bonheur pour lui.

Je le regardais en souriant, heureuse qu’il s’amuse autant. C’est tellement marrant la boue. En même temps je me demandais comment faire sécher son manteau assez vite quand je l’aurais lavé ce soir, car il n’a que celui-ci qui soit chaud, mais quoiqu’il en soit, on trouverait bien une solution pour le lendemain, c’est juste de la boue.

Et puis à regarder mon loulou qui jouait ainsi dans la boue, je me suis soudain projetée en arrière. De quelques années. Dans ma propre enfance. J’ai 3 ans. Je suis au jardin avec mes grand-parents. Il y a de la boue dans la pelouse mais je n’ai pas le droit d’y aller. Je n’ai pas le droit de me salir. J’ai un joli manteau rouge tout neuf. Je dois rester sur le coté dallé du jardin. C’est très frustrant. J’ai tellement envie de toucher à la boue, sa texture lisse sous mes doigts, la sensation des chaussures qui s’enfoncent dedans. Mais je n’ai pas le droit, alors je ne le fais pas. J’obéis toujours. Je n’ose pas désobéir. Alors je saute, je sautille sur les dalles. Ma grand-mère, qui me regarde faire en triant des légumes, a le ton menaçant. Si je vais dans la boue, je vais m’en prendre une. Mais je ne vais pas y aller, j’en meurs d’envie mais je ne vais pas le faire. Elle me fait peur quand elle me parle ainsi. Je la crains ma Mamie. Et puis soudain je trébuche, je tombe en plein dans la flaque de boue. J’ai mal, et j’ai honte. J’ai vraiment besoin d’un câlin.

Ma grand-mère m’attrape brutalement et commence me donner des fessées, elle est furieuse,  j’ai l’impression qu’elle ne va jamais arrêter. J’ai plus mal encore, je suis humiliée. Je resterai en colère contre elle pendant très longtemps. Quand je suis rentrée chez ma mère ce soir là, je lui ai dit que Mamie m’avait tellement tapée que je ne pouvais plus les compter. Ca a amusé tout le monde pendant longtemps. Moi non.

Je me souviens avoir ce sentiment d’être si petite, et vulnérable, et de ne rien savoir. Toute mon enfance. Que j’ai 4 ans ou 10 ans. Je suis petite. J’ai forcément tort. Les adultes savent tout, ils ont toujours raison. Ils faut toujours les écouter. Parce que, et c’est comme çà. Il ne faut pas discuter. Et j’écoute, ils sont l’autorité, les parents, les instits, toutes les grandes personnes en fait. Je les écoute parce que je les crains. Je n’ai pas envie d’être tapée.

Je me souviens aussi de ce sentiment de ne pas pouvoir être moi. De ne pas être écoutée, comprise ou respectée en tant qu’individu. Si je dis que je n’aime pas, on me répond que si, bien sur que j’aime; si je dis que j’ai chaud, on me répond que non, je n’ai pas chaud. Si j’essais de parler de mes désirs ou frustrations, on me demande de me taire et de retourner devant la télé.

Je me souviens de ce sentiment d’avoir besoin de faire confiance aux adultes, parce qu’ils sont grands et que j’ai besoin d’être protégée, mais de ne pas y arriver.

Je n’ai pas vraiment d’autorité. Moi adulte. Cette autorité naturelle dont parlent les gens, qui émane de nous et fait qu’on nous respecte, je n’ai pas çà. Je me fais marcher dessus sans arrêt. Même par mes animaux. J’ai depuis longtemps abandonner l’idée d’interdire à mes chattes de monter sur les meubles, elles le font quand même. Et je ne sais pas comment faire pour qu’elles écoutent. Et puis çà n’est pas si important après tout. Le chien c’était pareil, assis, couché, au pied. Non, c’était quand il décidait.

Avec mon fils j’ai aussi parfois du mal à ce qu’il m’écoute. Je me dis que c’est de son âge. Je me dis qu’il a besoin de çà pour s’affirmer. Je comprend çà. Même si j’avoue ce n’est pas facile tous les jours. Parce que parfois il n’écoute rien de ce que je lui dis. Et recommence en boucle les mêmes bêtises.

Mais il n’est pas le seul à devoir écouter, moi aussi je dois l’écouter. Je veux l’écouter. Je veux entendre ce qu’il a dire, le veux le comprendre, je veux qu’il puisse s’exprimer. J’ai eu pendant quelques temps beaucoup de mal avec le fait qu’il ne m’écoute pas, un peu honte, parce que j’avais l’impression de ne pas savoir m’y prendre avec mon bébé, d’avoir échoué en temps que maman.

Ma famille m’a fait beaucoup de réflexions à Noël, mon enfant est désobéissant, mal élevé, il va mal tourner. Il faut que je le re-cadre tout de suite. Il faut que je lui mette des fessées, il faut que je lui mette des tapes, car il faut que je me fasse obéir. Je suis l’adulte, il doit écouter. Si je ne commence pas à le taper maintenant, c’est lui qui me tapera plus grand, il tournera mal, finira délinquant.

Je ne veux pas être ce genre de maman qui hurle, qui ordonne, qui n’écoute pas, qui tape. Comme j’ai pu voir faire une personne de ma connaissance, qui hurlait sur ses enfants pour un rien, en colère, sur les nerfs en permanence les tapait à la moindre colère, sur les fesses, les mains, les bras, le visage parfois. Ne supportant pas les crises en public, humiliant de surcroit ses enfants en leur disant que tout le monde les regardait. En la voyant je me suis dit qu’elle est exactement le genre de mère que je ne veux pas être.

J’ai pour principe d’écouter, toujours, d’expliquer du mieux possible, d’être patiente, de ne pas crier, et surtout de ne pas taper. je dois avouer que j’ai déjà dérapé, très occasionnellement, parce que çà va complètement à l’encontre de mes principes, mais c’est arrivé. De crier surtout. Même si je ne voudrais pas, et que j’essais de prendre une grande respiration à la place. Il m’est arrivé de lui mettre une tape, peut être deux ou trois fois. A chaque fois dans des moments où j’avais eu très peur pour sa sécurité, un gros coup de stress. Comme par exemple un jour où à force de tirer sur un fil malgré le fait que je lui répète d’arrêter, une lampe (énorme en terre cuite) est passée à un cheveux de lui tomber dessus. Mon coeur s’est arrêté et dans ce moment de panique après avoir récupéré la lampe au vol, je lui ai mis une tape sur la main.

Les rares fois où s’est arrivé, j’ai eu vraiment très honte de moi-même, une honte qui ne passe pas vraiment. Je déteste l’idée d’avoir déjà mis une tape à mon bébé. Et je lui explique, pas en m’excusant car j’ai lu que s’excuser peut faire culpabiliser l’enfant. Mais je lui dis que j’ai eu tort. Que j’ai très mal agit, et que je n’aurais pas du faire çà. Je lui explique que j’ai eu peur pour lui, et que j’ai été tellement paniquée et stressée d’un coup que j’ai eu cette mauvaise réaction.

Et donc entre mon loulou qui ne m’écoutait jamais et le fait que je criais souvent, je n’étais vraiment pas fière et avait vraiment la sensation de ne pas savoir m’y prendre avec mon fils.

Et puis j’ai commencé à lire, Filiozat, Faber et Mazlish, et j’ai commencé à réfléchir. J’ai commencé à me dire que même si c’est pas forcément agréable pour moi, ces petites ou grosses crises, petites ou grandes opposions, c’est important pour son développement. Que c’est une bonne chose qu’il me dise non, qu’il hurle, qu’il se débatte pour mettre son manteau, il s’affirme. Il se définit. Et il se sent assez en confiance pour le faire. Moi petite, je n’osais pas.

J’ai compris que je lui en demandais trop. Que je m’exprimais mal, trop de mots, trop de négations, des explications pas assez claires pour son âge. Que ses impulsions de faire quelque chose sont fortes, et qu’il ne sait pas encore lutter contre. Qu’il ne fait pas de caprices, qu’il ne me teste pas. Il n’a pas encore cette capacité, et ne l’aura pas avant plusieurs années. J’ai appris à lui dire stop, et à éviter de lui dire non, j’ai appris à lui dire, « tu risques de » plutôt que « tu vas », j’ai appris à me mettre à genou devant lui, à écouter ses hurlements, à lui dire que je comprend. J’ai appris à accueillir ses émotions.

Je lui explique toujours clairement et brièvement ce que j’attend de lui avant que l’on fasse quelque chose (on va aller dans un magasin, tu donnes la main, et tu restes de maman), je lui propose des choix, des alternatives, je lui explique les choses. Je fais parfois diversion. Et je remarque que le plus calme je suis, le moins de crises il fait. Quand il fait des crises, je m’interroge, parce qu’un enfant qui fait des crises, est un enfant qui n’est pas bien. Est-ce que j’ai assez joué lui ou bien est-ce que j’étais trop occupée par mes choses d’adulte? Est ce que son réservoir affectif est plein?  Alors oui, il y a bien des jours où je suis speed, en retard, donc énervée, et donc dans ces moments là, il m’arrive d’élever la voix. Mais en lui expliquant, oui maman est énervée, on est en retard, c’est de ma faute, mais il faut vraiment qu’il s’habille, on doit aller à la crèche. Et je lui dis que çà n’est pas bien que maman s’énerve ainsi, mais que malheureusement, quand maman est fatiguée, çà arrive.

Mais la plupart du temps, je suis calme, et lui du coup, écoute mieux. Et le plus calme je suis en lui interdisant les choses, et le mieux il écoute.

Je veux qu’il puisse être lui. Qu’il puisse s’aimer comme je l’aime et avoir confiance en lui. Je ne sais pas si j’ai de l’autorité, mais j’ai du respect pour lui. Tellement de respect et d’amour que je veux apprendre à crier le moins possible et surtout à ne plus jamais taper. Parce que çà ne sert à rien. Ca n’a aucune valeur éducative. Parce que çà lui fait du mal. Je ne veux pas que mon fils m’écoute parce qu’il me craint. Je veux qu’il m’écoute parce qu’il a autant de respect et d’amour pour moi que ce que j’ai pour lui. Je veux écouter ce qu’il ressent, qu’il sache qu’il est important, qu’il a le droit d’avoir des émotions, qu’il a le droit d’être en colère, qu’il a le droit d’être frustré, qu’il a le droit de l’exprimer.

Et que je suis là pour l’écouter. Et pour accueillir. Toujours.

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4 réponses à “Autoritaire moi? Non!

  1. Pingback: Moi aussi je parle d’autorité! | Le Blog de la Mère Tatouée·

  2. J’ai plus ou moins les mêmes souvenirs, les mêmes aspirations et aussi le même souci de « désobéissance infantile » XD
    J’ai vraiment beaucoup de mal à prendre sur moi, je lui crie dessus parfois, la plupart du temps je hausse le ton ou tape sur la table mais même ça en fait ça m’enerve. J’aime pas me voir comme ça, j’aime pas être comme ça et je me rends compte que c’est juste des putains de réflexes conditionnés mais qui sont difficiles à zapper.
    Alors petit à petit, au jour le jour. Je me dis que tout n’est pas parfait mais j’y arriverais un jour.
    Gardons courage ❤

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