Le jour où je ne recommencerai pas à fumer

J’ai beaucoup de peurs concernant mon fils. Je veux dire, je suis une maman, je passe beaucoup de temps à me faire du soucis pour lui. Peur qu’il tombe gravement malade, qu’il ait un jour un grave accident, qu’il se mette un jour à me détester et ne veuille plus me voir, qu’il se mette dans des situations dangereuse, qu’il se drogue, qu’il vive extrêmement mal l’absence de son père, qu’il n’ose pas être lui, qu’il ait peur d’aller au bout de ses rêves, et aussi qu’il commence un jour à fumer.

Ce matin je l’amenais à la médiathèque, nous étions en avance, et il attendait sagement à coté de moi qu’ils ouvrent les portes en me donnant la main.
Juste en face de la médiathèque il y a un lycée, le parvis de la médiathèque est un peu le terrain de jeu des élèves, leur planque, un peu des deux.
Ils sont là tous les jours, entre les cours, avant, après, à s’embrasser en cachette, partager des secrets, fumer…

Je les regardais ce matin. Jeunes, en pleine santé, la vie devant eux, en train de de se faire passer un paquet de cigarettes, de s’échanger leurs briquets, de se rouler mutuellement leur clopes. Je trouve çà si triste, d’être si jeune, et de déjà commencer ce qui va devenir la plus horrible des habitudes donc il est si difficile de se débarrasser.

Je suis en ancienne fumeuse, je ne me souviens pas vraiment de pourquoi j’ai commencé. J’étais loin de ma famille, ils ne pouvaient pas savoir que je fumais, j’en profitais. Je crois que çà ne va pas chercher plus loin que çà.

Par contre, je me souviens de pourquoi j’ai arrêté et pourquoi je ne recommencerai jamais par. Je suis cette ancienne fumeuse pénible qui ne supporte plus le tabac, l’idée, la vue, l’odeur. Ca m’horripile.

Mon père est mort d’un cancer des poumons. Mais çà ne m’a pas arrêté de suite. La nuit ou il est mort, quand les infirmières m’ont demandé de sortir de sa chambre, je suis allée sur le balcon de l’hôpital fumer une cigarette. Je trouvais çà stupide, cela dit, sachant que c’est exactement çà qui venait de tuer mon père.

Avant d’arrêter j’ai eu une période pendant laquelle, sans me dire que j’allais arrêter, je supportais de moins en moins l’idée de fumer.
Je me suis mise à en vouloir à l’industrie du tabac, çà me gênait fortement de leur laisser mon argent. Et puis çà me gênait aussi beaucoup de polluer autant avec mes cigarettes.
J’avais honte de fumer en fait. Mais j’aimais bien çà.
ET puis un jour quelqu’un sur facebook a partagé une information concernant les tests que les compagnies de tabac font sur les animaux. Des chiens, des chats, des singes, obligés de respirer des jours durant de la fumée avant d’être charcutés afin de voir l’état de leurs poumons. Ca a été le déclic. Je ne pouvais pas cautionner çà, j’ai jeté mon paquet entamé et je n’ai jamais recommencé. C’était il y a quatre ans.

On me dit parfois, que je ne suis pas à l’abris, qu’un jour je pourrais très bien recommencer à fumer, certaines personnes craquent après ne pas avoir fumé pendant des années et des années. Je ne craquerai pas, jamais, parce que pour craquer il faut être tenté, il faut avoir un manque, il faut aimer cette chose qui manque. Moi je déteste le tabac.

Je sais que je ne recommencerai jamais pour plusieurs raisons.  La principale est que je suis maman. Je ne veux pas que mon fils grandisse avec un parent fumeur. Alors attention, c’est mon ressentit que j’expose ici, je ne juge personne, des amis parents fumeurs, j’en ai plein, je ne leur jette pas la pierre, loin de là. Chacun a son histoire et son parcours, et les choix des autres ne regardent personne.

Je suis fille de fumeurs, et je sais ce que c’est. Et je ne veux pas imposer çà à mon fils. L’odeur, même si on va dehors pour fumer, sur les vêtements, les mains, cette odeur de tabac froid qui s’imprègne juste que dans les câlins et les bisous, en arrivant à l’école, le soir avant de dormir, cette odeur écoeurante, qui masque tout le reste.  Les pauses clopes en voiture quand il fait froid, les cendriers qui puent, et j’en passe. Autant de mauvais souvenirs que j’ai de la clope en grandissant.

Aussi je ne veux pas donner cet exemple à mon fils. Je refuse de lui apprendre qu’on peut avoir cette habitude, si difficile lâcher, même si elle coute cher, même si elle nous ruine la santé.  Je ne veux pas qu’il grandisse avec cet exemple sous les yeux, que le tabac est normal, anodin.

Quand je pense à l’argent que je dépensais en clopes avant, je sais que je ne voudrais  pas utiliser une partie de mon budget pour une habitude aussi néfaste que les cigarettes, quand il pourrait être utilisé pour tout autre chose, pour mon fils et moi, comme des vacances en famille.

Et surtout je refuse que mon fils ait à vivre ce que j’ai vécu avec mon père. Alors bien sur, je pourrais tomber malade sans fumer, avoir un accident, et il aurait alors à traverser cette épreuve qu’est la maladie malgré tout. Mais cela ne serait pas de ma faute.
Si un jour je recommence à fumer, et que j’ai un cancer à cause de cette addiction, alors ce sera de ma faute si je tombe malade et ce sera ma faute si il doit supporter çà.

je dois avouer, que si j’en ai voulu à l’industrie du tabac, j’en ai voulu à mon père aussi. Je lui en ai voulu, non pas d’avoir commencé, à cette époque, ils ne savaient pas. Mais de ne jamais avoir arrêté, ralentit un peu, des années durant, mais arrêté, jamais. Je lui en veux.
Je me souviens enfant essayer de le convaincre, adolescente lui ramener les brochures qu’on nous donnait à l’école. Rien ne l’a fait arrêter.

A cause de son addiction, mon père nous a privés de nombreuses années à passer ensemble, il a privé mon fils de son grand-père, il m’a fait traverser la pire des épreuves que j’ai eu à vivre. Tout çà pour ces maudites cigarettes. Alors non, je ne recommencerai jamais à fumer. Et je refuse tout simplement d’imposer çà à mon fils, je refuse de me mettre en danger. Je refuse qu’il ait à connaitre l’attente des résultats d’examens, les traitements qui rendent malades, la détresse qu’on ressent en regardant son parent attaché à son lit, délirant sous l’effet des médicaments, qu’il ait à regarder sa mère mourir pendant des mois, qu’il devienne orphelin prématurément lui aussi fou çà à cause d’une addiction que je me serais créée.

Je n’imposerais pas çà à mon fils, et je souhaite de tout coeur, qu’il ne commence jamais.

 

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8 réponses à “Le jour où je ne recommencerai pas à fumer

  1. J’ai arrêté pour des raisons financières et je n’ai pas non plus l’intention de recommencer. Il faut dire que mon mari est non fumeur et la plupart de mes proches aussi alors la tentation est inexistante. Par contre, je me souviens de « l’agréable » odeur de ma mère qui est un mélange de café et de tabac froid.

    • moi je n’aimais pas du tout l’odeur des clopes de mon père, plus tard il a changé c’état moins pire 😉

  2. Bravo… j’aimerais tellement avoir la même volonté a arreter mais je sais que pour le moment j’en suis totalement incapable. :/

    • Je ne savais pas que j’en étais capable jusqu’au moment ou je l’ai fait 🙂 d’ailleurs quand j’ai annoncé que j’avais jeté mon paquet alors que je n’avais jamais parlé d’arrêtr, çà a fait rigoler tout le monde 😉

      • j’avais arreter 3 ans et demi… comme ça du jour au lendemain… par amour… et puis j’ai repris et depuis je n’ai plus reussi a arreter ^^

  3. Ca va faire un an pour moi, et ça a été un long cheminement (j’ai 31 ans, je fumais depuis l’âge de 13 ans…dur dur)
    Mon père est décédé il y a 4 ans d’un cancer de fumeur (mâchoire, puis métastase au médiastin) et je n’ai pas eu le « reflexe » de m’arrêter de suite, ça a été un peu long …
    Comme toi, l’idée de fumer me devenait insupportable, tous les soirs je me couchais en me disant que si ça se trouve dans peu de temps je « choperai » un cancer, ou que c’était déjà le cas …
    Et comme toi je ne veux pas que mes enfants pensent que le tabac est normal, qu’ils vivent avec, comme moi et mes 3 frangins nous l’avons fait (années 80, père qui fumait en voiture et dans la maison, papiers jaunis etc).
    Malheureusement mon conjoint est fumer, et n’arrive pas à s’arrêter, et n’a surtout pas ce déclic nécessaire …
    Mais mon fils a conscience que fumer ça rend malade, et que son père doit arrêter….J’espère un jour ..

    • Bravo à toi, et désolée pour ton papa.
      C’est sur que c’est très dur d’arrêter , j’espère que ton conjoint y arrivera ❤

  4. Ton article est juste hyper touchant. J’en ai même pleurée. Bravo pour ta force et ton courage, en espérant que ma mère aient les mêmes convictions.

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