Toi que je ne connaitrai plus

Je ne te connaitrai plus. Je ne te connaitrai plus jamais autant que je t’ai connue. Toi que je connaissais par coeur.

Déjà, je ne te connais plus. Je ne me souviens plus.

Je ne connais plus les traits de ton visage, ni le son de ta voix, ni le parfum de tes cheveux, ni la couleur de ton sourire.

Toi que je connaissais par coeur, je ne connais plus rien de toi que les bribes de ta vie qu’on a bien voulu partager avec moi.

Toi que je connaissais par coeur, que j’ai aimé inconditionnellement, violemment, désespérément, je ne sais plus qui tu es, tellement que je me suis demandé si je t’aime encore.

Toi qui était mon tout, mon unique, toi qui était mon univers, je ne sais pas si j’ai un jour compté pour toi.

Toi qui étais mon étoile durant une éternité.

Cette douce éternité pendant laquelle il n’y avait que toi, je ne me souviens pas si tu m’as aimée.

Je n’ai connu personne, aussi bien que je t’ai connue toi, pendant longtemps. Et personne ne t’a connue aussi bien que moi.

Je suis celle qui a vécu nichée au creux de toi. Je suis celle qui s’endormait bercée par les battements de ton coeur. Celle qui s’éveillait au son de la seule voix que je connaissais, la tienne.

Je suis celle qui avait besoin de toi, de toi, et de personne d’autre. Et je suis celle dont tu ne voulais pas.

Je suis celle que tu n’as jamais su prendre dans tes bras, celle que que tu n’as pas su porter ou choyer, celle que tu ne reconnaissais pas.

Tu étais celle que j’ai connu par coeur, et que soudain, je ne connaissais plus.

Toi qui me faisait peur, qui soudain n’était plus ma mère, celle qui m’a délaissée.

Alors je n’ai rien connu de toi autre que le son de ton coeur, et de tes sanglots aussi.

Je ne sais pas ce que c’est, que d’avoir une maman. Je connais pas cette sécurité, cette innocence, cet amour maternel qui protège de tout.

J’ai connu ta maladie, ma culpabilité, la solitude pendant que l’attention de tous se tournait vers toi. Je me souviens ma colère, ta rage.

Je me souviens partager ta mère avec toi, elle qui m’élevait à quelques rues de toi, qui m’aidait à grandir sans toi et malgré toi.

Je me souviens des visites chez toi, chez moi, de ta tristesse, des explications qui ne venaient jamais de toi, de ta fatigue à cause de moi, de tes larmes, de ma faute ou pas.

Je me souviens de ton coup de pied cette fois là, de tes mots rudes envers moi, je te fatiguais, tu ne me voulais pas.

Je me souviens des jours et des nuits loin de toi, seule dans ma chambre à écouter le disque du Petit Prince que tu m’avais donné, pendant que tu tirais tout le reste vers toi, le temps, les grands, leur énergie, tout était pour toi.

Je me souviens de mon enfance loin de toi, puis sans toi.

De la violence de la maladie et de la mort.

Je suis celle qui t’a connu mieux que personne, celle qui a connu les battements de ton coeur de l’intérieur.

Je suis celle qui t’en a voulu, plus que personne ne t’en a jamais voulu.

Celle qui t’as haïe comme personne, je suis celle qui a cherché a te comprendre pour te connaitre de nouveau.

Je suis celle qui te connaissais pas coeur, celle qui ne te connaitra pas, qui ne te connaitra jamais plus.

Je suis celle qui connait maintenant les battements du coeur de quelqu’un au creux de moi. Celle qui a été l’unique, le tout, l’univers de quelqu’un cette éternité pendant laquelle il a grandit en moi.

Je suis celle qui le connait par coeur, qui l’a porté et le porte encore. Celle qui lui tiendra la main pour le reste de l’éternité, longtemps après que je sois devenue une étoile dans le ciel.

Je suis celle qui le protègera toujours, qui l’aimera en dépit de tout, qui le soutiendra et le portera si un jour il flanche, pour le hisser au sommet de ses rêves.

Je suis celle qui est devenue maman d’un petit prince maintenant.

Et je suis aussi devenue celle qui a pris la petite étoile que toi tu es devenue, là haut dans le ciel, et qui l’a posée contre mon coeur, juste là, bien au chaud au creux de moi.

Et je t’aime, maman, je t’aime, même si on ne se connait pas.

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2 réponses à “Toi que je ne connaitrai plus

  1. Mon dieu … Quel texte .. Ton licokid c’est ta revanche sur tout ça ! Tu es une bonne personne ! Une belle âme !
    À la fin de ton billet ma fille m’a dit : pourquoi tu pleure? pourquoi t’es triste ? Je prend juste dans mes bras la petite fille enfouie en toi et je lui carresse tendrement les cheveux

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